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Louise Michel, la Communarde

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Série noire, présentant de belles gueules et de beaux textes de la mouvance libertaire.
Dans ce deuxième épisode, nous vous proposons un poème de Louise Michel, femme de lettres et de barricades.

Ni Dieu, ni Maitre, Ni Patron, Ni Mari.


Louise Michel (1830-1905)

Le mouvement révolutionnaire n’est pas que stratégie, il est aussi idéalisme. D’où la flamme qui le maintient dans les phases de reflux, et qui peut l’élever au sublime dans les moments historiques. Plus que tout autre, Louise Michel a incarné cet esprit de révolte contre l’injustice, intransigeant et pétri d’abnégation. Combattante de la Commune de Paris en 1871, elle réclama la mort devant le tribunal. Déportée en Nouvelle-Calédonie, elle se solidarisa avec le mouvement kanak en 1878. De retour en France, c’est sur son idée qu’en 1883, l’anarchisme s’empara du drapeau noir. Régulièrement embastillée, son auréole de martyre attirait les foules dans les conférences et les manifestations. À sa mort, 120 000 personnes suivirent son cercueil à Paris.1

Cela fait 150 ans que l’expérience de la Commune résonne dans nos crânes. Démocratie radicale exercée par et pour la population, égalité salariale naissante, éducation pour toutes et tous, séparation de l’église et de l’état… Beaucoup de revendications qui figurent encore aujourd’hui sur nos pancartes.
Figure emblématique de cette bataille pour la Liberté et l’Égalité, Louise Michel fût incarcérée à la prison de Versailles. Dans sa cellule, elle écrivit ces quelques vers destinés à toutes les âmes qui, dans les fumées de poudre ou dans les gaz lacrymogène, garderont la tête haute face à la société ogresse, pour reprendre les mots de la louve noire.

L’ouvrage intégral est disponible librement sur la Bibliothèque Anarchiste.


À MES FRÈRES

Sur le cadran brisé rapides vont les jours
Passez toujours
Emportez tout les haines les amours

Passez passez heures journées !
Que l’herbe pousse sur les morts !
Tombez, choses à peine nées ;
Vaisseaux, éloignez-vous des ports ;
Passez, passez, ô nuits profondes.
Emiettez-vous, ô vieux monts ;
Proscrits ou morts nous reviendrons
Des cachots, des tombes, des ondes.

Nous reviendrons, foule sans nombre ;
Nous reviendrons par tous les chemins,
Spectres vengeurs sortant de l’ombre.
Nous viendrons, nous serrant les mains,
Les uns dans les pâles suaires,
Les autres encore sanglants,
Pâles, sous les rouges bannières,
Les trous des balles dans leur flanc.

Tout est fini ! Les forts, les braves,
Tous sont tombés, ô mes amis,
Et déjà rampent les esclaves,
Les traîtres et les avilis.
Hier, je vous voyais, mes frères,
Fils du peuple victorieux,
Fiers et vaillants comme nos pères,
Aller, la Marseillaise aux yeux.

Frères, dans la lutte géante,
J’aimais votre courage ardent,
La mitraille rouge et tonnante,
Les bannières flottant au vent.
Sur les flots, par la grande houle,
Il est beau de tenter le sort ;
Le but, c’est de sauver la foule,
La récompense, c’est la mort.

Vieillards sinistres et débiles,
Puisqu’il vous faut tout notre sang,
Versez-en les ondes fertiles,
Buvez tous au rouge océan ;
Et nous, dans nos rouges bannières,
Enveloppons-nous pour mourir ;
Ensemble, dans ces beaux suaires,
On serait si bien pour dormir.


Série noire, présentant de belles gueules et de beaux textes de la mouvance libertaire.

voir série
  1. Bakounine : Dieu et l’État
  2. Louise Michel, la Communarde
  1. Thomas Edith, Louise Michel ou la velléda de l’anarchie, Gallimard, 1971

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