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Contre le certificat sanitaire

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Lors du premier volet, nous avons essayé d’expliquer pourquoi Les étudiants résistent est un mouvement conservateur à l’haleine fascisante aux agissements dangereux. Toutefois, et c’est le sens de ce second volet, la lutte contre le certificat sanitaire ne doit pas être réduite à cette frange réactionnaire qui manifeste dans la rue.


Précisons d’emblée que les étudiant.x.es ne sont pas les seul.es à être touché.es de plein fouet par la mise en place du certificat sanitaire. Précisons aussi que certain.x.es étudiant.x.es rament depuis plusieurs mois, voire années dans un océan de précarité, et que ce milieu n’est pas épargné par la crise sociale et économique qui touche notre pays.

Soutien à toutes celleux que ces mesures noient, étouffent, brûlent, et qui ne se tournent pas vers les diverses solutions politiques fascisantes.

Jeudi 16 septembre, soit quatre petits jours avant la rentrée, l’Université de Fribourg envoie un mail annonçant l’interdiction pour les élèves ne disposant pas de certificat sanitaire d’assister aux cours en présentiel, aux bibliothèques et aux salles d’étude. Mélodie* et Pierre*, que nous avons rencontré.es, décident de s’inscrire immédiatement pour la première dose du vaccin. Est-ce qu’on a le choix ? Evidemment que non, lâche la première. Toutefois, cette annonce tardive leur empêchera de suivre les cours pendant la moitié du semestre. J’étais convaincu qu’au moins, les profs feraient l’effort de filmer leur cours. Comme beaucoup d’autres étudiant.x.es, Pierre déchante pendant la première semaine. Presque aucun cours n’est filmé, ce qui fait qu’on a juste accès à quelques PowerPoint et quelques textes1. Comment est-ce possible de suivre un cours universitaire avec cette modalité ? Comment croire qu’on pourra réussir un examen dans ces conditions ? Le mail du rectorat de l’Université de Fribourg indique toutefois que les personnes ne disposant pas d’un certificat sanitaire « pourront avoir accès aux ressources nécessaires pour atteindre les objectifs d’apprentissage et passer l’évaluation ». Bullshit !, répond instinctivement Pierre.

Concernant leurs raisons de ne pas se faire vacciner, Mélodie argumente avec précision. Les médias tentent de polariser le débat en prétendant que les personnes qui ne se sont pas vaccinées sont soit des complotistes, soit des antivaxx, soit des égoïstes. J’estime pour ma part avoir de bonnes raisons politiques de pas me faire vacciner. De son côté, Pierre est plus laconique : j’ai peur des piqûres, donc j’ai essayé de repousser un maximum le moment fatidique. Mais l’essentiel est ailleurs.

En parallèle, nous contactons un enseignant de l’Université de Fribourg pour en apprendre plus sur les coulisses de cette décision. Ce manque de vision, ce retard pris dans les décisions et cette annonce quelques jours avant la rentrée, c’est typique du rectorat de l’Université de Fribourg, explique-t-il. Est-ce que les enseignant.es ont-iels été concerté.es ? Absolument pas.

Avec un test gratuit par semaine, Pierre et Mélodie doivent, pour pouvoir assister à leurs cours, payer deux autres tests de leur poche, soit débourser une somme proche de la centaine de francs par semaine2. Si le premier s’est résolu à cette solution onéreuse, la seconde n’a tout simplement pas les moyens de se le permettre. Sans oublier que le test gratuit hebdomadaire est abandonné à partir du 1er octobre3. Alors que L’Université de Lausanne et celle de Genève, notamment, ont déployé des massifs centres de dépistage salivaire pour ses étudiant.x.es, Fribourg est à la ramasse. Une fois de plus.

Alors que notre décision personnelle de se faire vacciner, ou non, dépend grandement de causes sociales indépendantes de notre volonté (rapport de nos parents à l’Etat, classe sociale, expériences personnelles vécues, construction personnelle en campagne ou en ville, etc.), encourager cet enseignement à double vitesse n’accélère-t-il pas la reproduction sociale, sachant que les fils et filles de médecins, d’avocat.es, d’enseignant.es (classe bourgeoise) seront plus à même d’entretenir un rapport sain et de confiance avec l’Etat et la parole politique et donc de se faire vacciner ? Pas particulièrement, répond l’enseignant que nous avons contacté.

Une analyse des étudiant.x.es non-vacciné.es, et donc lourdement péjoré.es par cette décision serait tout de même la grande bienvenue. Mais l’essentiel est ailleurs : comment justifier l’interdiction d’accès à l’université pour les étudiant.x.es ne voulant pas se faire vacciner ?

Contre le certificat sanitaire

Alors oui, je m’oppose à l’extension du certificat sanitaire même si, à l’heure de la culpabilisation outrancière envers les non-vacciné.es et de l’hystérie politico-médiatique permanente, le dire nécessite un jeu d’équilibriste difficile. Plus encore, je m’oppose à tout ce système de domination, d’oppression et d’exclusion qui l’a fabriqué et instauré, tout comme je m’oppose au capitalisme qui, à grands coups de déforestation, de destruction de la biodiversité et de déstabilisation de l’équilibre du Vivant, rend possible l’émergence de nouvelles pandémies.

Geoffroy de Lagasnerie le notait pendant les premiers pas de cette crise sanitaire : il n’y a pas de manière spontanée, objectivement juste, non-politique de lutter contre une pandémie. Par conséquent, les décisions prises par le gouvernement suisse doivent être considérées comme des décisions politiques, c’est-à-dire éminemment subjectives et critiquables4. Il faut donc considérer les mesures sanitaires comme des mesures politiques, choisies, décidées et non comme des mesures nécessaires, objectives. Faut-il prendre des mesures pour freiner les contaminations ? Evidemment : nous savons que la stratégie du laisser-faire fait peser ses conséquences sur les épaules des plus fragiles et sur celles des classes laborieuses, ce qui est inacceptable 5. Mais pas n’importe lesquelles.

Si le gouvernement suisse a instauré un confinement au mois de mars 2020, ce n’est pas sous l’ordre d’un consensus scientifique, mais parce que le confinement est un instrument ô combien bourgeois pour lutter contre une pandémie. Geoffroy de Lagasnerie, encore lui, parle ainsi de confinement de classe : alors que la classe bourgeoise se prélassait dans ses grands jardins, la classe laborieuse a continué à travailler, mettant au passage sa santé en danger.

Ainsi, en appliquant cette réflexion sur notre période actuelle, il est nécessaire de ne pas considérer le certificat sanitaire comme une mesure neutre, objective, mais comme celle d’un Etat suisse qui a toujours plus soif de contrôle et de surveillance. L’actualité politique le prouve largement : augmentation de la répression judiciaire contre les militant.x.es (notamment les Zadistes), créations de nouvelles lois qui bafouent l’Etat de droit et qui donnent du pouvoir inconsidéré à la police, multiplication d’exigences absurdes demandées aux organisateurices des manifestations, instauration et déploiement du passeport biométrique, épidémie de caméras de surveillance, etc.

De son côté, la gauche institutionnelle ne cesse de s’enliser : à force, elle devrait bientôt atteindre le noyau de la Terre. Ses discours sur la pandémie et sur les mesures prises par le Conseil Fédéral sont éreintants. Si les mouvements s’opposants au certificat sanitaire adopte à cet point une perspective de droite, voire d’extrême-droite (ce qui ne veut pas dire, loin de là, que les militant.x.es qui garnissent les rangs de ces mouvements sont tous.x.tes issu.es de ce bord politique), la gauche institutionnelle, avec le PS et les Vert.es en figures de proue, en est partiellement responsable.

Heureusement, une tribune publiée chez nos ami.x.es de Renversé a brisé le silence dans le ciel de la gauche, pointant du doigt la dimension sécuritaire de l’extension du certificat sanitaire 6. Je n’aurais pu mieux dire. J’aimerais ajouter ici trois perspectives supplémentaires qui dessinent mon opposition frontale au certificat sanitaire. D’abord, une écologiste : le certificat sanitaire consolide dans nos esprits une conception libérale de l’Homme, c’est-à-dire un être rationnel et pur qui se situe au-dessus de la nature, du Vivant, de la souffrance, de la maladie et de la mort. Un Homme qui a tellement tué la mort qu’elle hante chaque seconde de son existence. Ensuite, une perspective sociale : ce certificat sanitaire et son application absurde et démesurée vient fracturer un peu plus un tissu sociétal déjà brûlé, accélérant les processus d’atomisation et d’isolement de nos existences. Et finalement, et c’est assez cocasse, une perspective sanitaire : le certificat n’est pas efficace pour freiner les contaminations. Cela n’a pas de sens d’interdire d’un côté à un couple non-vacciné de manger au restaurant, et de l’autre de permettre à 1000 personnes vaccinées, mais encore capables de se transmettre le virus et aux effets vaccinaux réduits pour certain.x.es, de danser toute la nuit dans une boîte. Une telle disproportion de traitement entre vacciné.x.es et non-vacciné.x.es ne répond à aucune sommation sanitaire.  

Encore un petit point concernant la vaccination. Il faut rompre avec la stratégie vaccinale nationaliste du Conseil Fédéral. S’assurer des millions de doses vaccinales au détriment de pays moins riches, bloquer la levée des brevets pour les vaccins au sein de l’OMC, vacciner des jeunes suisses en bonne santé qui ne risquent presque rien plutôt que de distribuer ces doses existentielles à celleux qui en ont réellement besoin ailleurs : ces décisions sont dégueulasses. Faut-il rappeler à nos sept conseillers fédéraux qu’un virus n’a pas besoin de certificat sanitaire pour passer les frontières ? Que de nouveaux variants qui émergent dans d’autres pays échoueront forcément en Suisse ? Laissons le mot de la fin à Gilles Deleuze : « être de gauche c’est d’abord penser le monde, puis son pays, puis ses proches, puis soi ; être de droite c’est l’inverse. ».

Cette pandémie justifie des mesures sanitaires d’exceptions, mais elle ne justifie pas tout. Elle ne justifie pas la mise en place de ce certificat sanitaire qui empêche de nombreuses personnes de suivre son cursus scolaire, d’aller boire une bière dans un bar, d’aller au cinéma, d’aller voir un proche à l’hôpital ou d’aller dans une bibliothèque universitaire. Elle ne justifie pas ces mesures de surveillance qui laisseront forcément une trace. Elle ne justifie pas non plus la rhétorique culpabilisatrice de la classe médiatique et politique, ainsi que celle de nombreux médecins envers les non-vacciné.x.es.

Une manifestation de gauche contre le certificat sanitaire a rassemblé, vendredi 1er octobre, environ 600 personnes à Genève. Cette action réussie est un sillon tracé dans le champ politique suisse : à nous de le transformer en fossé. Ces deux articles valent également comme appel à toutes les personnes de gauche qui manifestent avec les étudiants qui résistent ou d’autres mouvements de ce genre : une alternative, d’autres moyens d’exprimer sa colère, sa rage existent. Et surtout, n’oubliez pas que de nombreuses personnes avec lesquelles vous manifestez se retrouveront peut-être bientôt de l’autre côté de la barricade, à vouloir faire taire vos voix révolutionnaires. Définitivement, les ennemi.x.es de nos ennemi.x.es ne sont pas (systématiquement) nos ami.x.es.

Restons fort.es.x, restons soudé.x.es, restons lucides, restons solidaires face à ces décisions sanitaires qui produisent de la division. Gardons à l’esprit qui sont nos adversaires politiques. Et luttons ensemble contre eux.


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Cet article fait partie d’une analyse en deux volets sur la lutte anti-pass sanitaire.

voir série
  1. Sur le mouvement estudiantin qui s’oppose au certificat sanitaire
  2. Contre le certificat sanitaire
  1. A ma connaissance, c’est le cas dans la majorité des facultés.
  2. Après avoir bouclé cet article, nous avons appris qu’en réalité, un test rapide par jour par personne était remboursé par le Conseil Fédéral, ce que j’ignorais, ce qu’ignoraient également Mélodie et Pierre, et ce que semblent ignorer plusieurs pharmacien.nes que nous avons appelé.es. En outre, le silence médiatique sur cette nouvelle mesure est étonnant, alors qu’ils brassent tant d’air sur de futiles informations.
  3. Le Conseil Fédéral a décalé cette date de dix jours
  4. www.youtube.com/
  5. Ceci explique peut-être pourquoi les manifestant.es contre les décisions sanitaires du Conseil Fédéral, qui s’opposent au fait que le Conseil Fédéral prenne des mesures plutôt qu’à leur nature, sont majoritairement issu.es des classes privilégiées
  6. https://renverse.co

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