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Grève historique à l’HFR : les radiologues Trop peu RéMunéré·es

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Absolument nécessaires au bon fonctionnement de tout hôpital, les Technicien·nes en Radiologie Médicale (TRM) font la grève devant l’HFR depuis ce lundi 3 février. L’époque du Covid-19 est désormais bien lointaine où l’on applaudissait les professionnel·les de la santé. Dans le contexte actuel de saignées budgétaires, cette mobilisation historique qui a commencé il y a cinq ans avec le soutien du Syndicat des Services Publics (SSP) pourrait bien en encourager d’autres. Avant ou après de lire cet article, vous pouvez donner votre soutien en signant ici.


« Pour des soins de qualité, arrêtez de nous mépriser », « TRM en colère, pour un juste salaire » : sur les pancartes et dans les slogans, il est très clair que les TRM considèrent leur métier sous-évalué et dévalorisé. Rappelons d’abord que, dans un hôpital, la radiologie est nécessaire à 82 % des patient·es et à 100 % de ces dernier·ères atteint·es d’un cancer. C’est donc un métier essentiel, géré par 1 % du corps soignant. De plus, le travail n’est pas sans stress : ils participent par exemple à sauver des vies de patient·es victimes d’AVC où chaque minute compte. Ces dernières années, les TRM ont vu leur responsabilité et leur travail augmenter : depuis 2010, leurs interventions ont triplé. Or au niveau du salaire le mât blesse. Alors que le travail requiert un Bachelor en santé, le travail des radiologues a été évalué, en termes de classe salariale, plus bas que les autres métiers qui nécessitent une formation similaire – ils sont en classe 17 (salaire mensuel de 5950 francs en début de carrière pouvant grimper jusqu’à 8997 francs après 20 ans) alors que des formations similaires dans d’autres professions permettent aux travailleur·euses d’atteindre des classes 18 à 24. Face à ces injustices, les TRM exigent deux choses : une révision de l’évaluation de la fonction et une hausse de salaire en atteignant, au moins, la classe 19. Sans oublier une reconnaissance plus fondamentale de leur métier par l’État.

Une mobilisation au long cours

Cela fait plus de cinq ans que les TRM interpellent le Conseil d’Etat sur leur rémunération. A l’été 2023, les TRM menacent d’une grève de la facturation, avant d’accepter la demande du Conseil d’Etat : attendre les résultats de la Commission d’évaluation et de classification des fonctions (CEF) qui doit revoir la catégorisation de leur travail. Ces résultats tombent fin 2024 et c’est un refus de requalification. Pire : la CEF diminue les points octroyés par certains critères. L’exigence du travail est donc évaluée à la baisse. Premier sous-entendu : on ne baisse pas vos salaires maintenant et considérez déjà ça comme une faveur. Deuxième sous-entendu : le salaire pourrait être revu à la baisse à l’avenir.

Cette non-entrée en matière est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Les éléments évoqués pour établir la baisse des points sont pour le moins discutables et restent en travers la gorge des TRM. La qualité de « communication orale » n’est plus jugée comme particulièrement complexe, pas plus que la « planification, organisation » de leurs tâches. En outre, le critère « formation d’apprentis et stagiaires » n’est plus comptabilisé alors que des stagiaires travaillent avec des TRM. Autant de changements qui ne correspondent aucunement au travail quotidien des TRM et qui jettent un doute sur le caractère uniquement administratif de la décision. Ne serait-elle pas aussi politique, c’est-à-dire économique ?

En effet, en toile de fond de cette grève historique s’agite le fantôme de la situation économique de l’hôpital cantonal fribourgeois. Deux faisceaux de problèmes se croisent et font pression sur lui (l’hôpital, tel un lapin pris entre deux phares) : le tournant politique néolibéral (à droite toute!) qui tend à vouloir faire des soins un système qui se finance lui-même et l’explosion des coûts de santé. Ainsi le Conseil d’Etat a demandé à l’HFR « d’optimiser l’économicité de ses prestations et d’atteindre une amélioration de son résultat annuel entre 25 et 30 millions d’ici à 2025 » et le conseil d’administration de l’HFR a mandaté la direction pour mettre en place une réduction du budget de 15 millions de francs pour 2025 et de 60 millions à l’horizon 2027-2028. Soit une baisse d’environ 10% du budget total de l’HFR. Une saignée violente – les chiffres ne disent rien des conséquences concrètes, humaines, que vont payer les travailleur·euses et les patient·es. Les conséquences se sont d’ailleurs déjà faites sentir cette année. Par exemple, pour 2025, 90 équivalents pleins-temps sont supprimés et l’hôpital de Riaz a vu ses prestations réduites (médecine interne et réadaptation cardio-vasculaire). Dans la bouche d’une soignante, l’expression frappe « A Riaz, ils ont fermé tout un étage… »

A l’aune de ces restrictions de budget, quand l’on sait que 70% des charges de l’hôpital sont salariales, on explique mieux le refus du Conseil d’Etat d’accéder à la demande de réévaluation des TRM. Ce d’autant plus que les TRM ne sont pas les seul.es professionnel.les de la santé qui pourraient légitimement revendiquer une classe salariale plus élevée. D’autres professions pourraient légitimement accéder à la classe 18. A quand la grève des infirmières ? C’est peut-être la question qui empêche Philipe Demierre conseiller d’Etat en charge de la Direction de la santé et des affaires sociales de dormir sereinement. Et c’est aussi ce qui rend les négociations très âpres.

Des grévistes déter’

Votée lundi à la quasi-unanimité, suivie mardi et mercredi, la grève a été reconduite jeudi matin en assemblée alors que le Conseil d’Etat venait de proposer la veille des négociations – une première victoire pour le mouvement. La grève ne devrait pas s’arrêter tant que le Conseil d’Etat n’a pas signé d’accord concret.

Jeudi après-midi, une huitantaine de personnes ont accompagné les négociateur.ices des TRM de l’HFR jusqu’à la chancellerie pour une première rencontre. La foule des gréviste était joyeuse, accompagnée par quelques sympathisant.es, membres de famille et représentant.es politiques ou syndicalistes. Parmi eux, les militant.es du Syndicat des Services Publics (SSP) qui soutiennent la mobilisation depuis les débuts. Tous et toutes saluent la force et la cohésion des grévistes et les visages sont plutôt optimistes sur les négociations en cours. Dans la foule, on trouvait une militante du SSP venant de Zurich venue voir comment se déroulait un rapport de force qu’elle trouve exemplaire. La lutte des TRM fribourgeois pourrait bien faire des émules en-dehors même des limites cantonales.

Selon les représentant.es du SSP, lors de cette première rencontre, « le Conseil d’Etat s’est engagé à donner une réponse aux grévistes d’ici lundi après-midi au plus tard » Une nouvelle Assemblée générale des TRM est prévue pour lundi, en fin d’après-midi, « pour se déterminer sur la décision du Conseil d’Etat concernant le projet d’accord qui lui aura été proposé. »

Force à elles et eux d’ici là!

Le droit de grève encore mis sous pression

Si on savait que le Conseil d’Etat n’a jamais vraiment penché du côté des travailleur·euses, on est régulièrement surpris par la bassesse dont il fait preuve. Ainsi, bien que le droit de grève soit garanti dans le service public, quel que soit son statut, sa nationalité ou son domicile, à l’annonce de la grève, le Conseil d’État a joué la pression avec des menaces de sanctions pour décourager les futur·es grévistes, en déclarant la grève illicite car soit-disant « disproportionnée ».

Il faut dire ici deux choses. D’abord, comme l’a expliqué un militant du SSP, les grévistes ont observé scrupuleusement toutes les étapes qui sont nécessaires au préalable : demande d’évaluation à la CEF, recours contre les résultats de non-requalification, appel à l’Organe de conciliation et d’arbitrage en matière de conflits collectifs de travail impliquant le personnel de l’Etat (OCA). C’est après que l’OCA a reconnu, avec le refus du gouvernement d’entrer en matière sur les revendications des travailleur·euses, l’impossibilité d’une conciliation, que les salarié·es ont décidé en très grande majorité d’user en dernier ressort de leur droit de cesser collectivement le travail.

Ensuite, la Loi sur le personnel de l’État de Fribourg (Lpers) est déjà bien assez restrictive dans le domaine des soins pour assurer un « service minimal » aux urgences et aux traitements essentiels. Et les grévistes, très conscient·es de leur responsabilité dans la prise en charge des patient·es, ont été « très fort·es pour s’organiser » et s’appuyer sur leur sens des priorités, aux dires d’une TRM de Riaz réjouie par la mobilisation des équipes soignantes. Il semblerait qu’une fois encore, l’État ne prenne pas la mesure du travail essentiel réalisé par ces travailleur·euses de l’ombre, invisibilisé·es par une chaîne des soins en permanence à flux tendu, et n’ait, lui, pas le sens des proportions.

D’ailleurs, cette tentative d’intimidation sur le droit de grève, partie intégrante de la liberté syndicale, s’inscrit dans une tendance de fond de limitation des libertés collectives… à ce propos, on vous invite à vous faire entendre à la manif sur le droit de manifester, le mardi 18 février à 18h devant l’Hôtel de Ville de Fribourg.

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