Dans la nuit de mercredi à jeudi, un individu a cassé les vitrines de la Coutellerie et du Linden, deux bars identifiés et clairement marqués à gauche. Les lieux ciblés laissent peu de place au doute : il s’agit très probablement d’un acte de vandalisme avec une certaine dimension politique. Derrière les débris de verre, la volonté de s’attaquer à des lieux qui participent à l’émergence d’un autre monde. Cette attaque est absolument intolérable : nous ne pouvions pas rester silencieux.ses.
Vendredi après-midi, un rassemblement de soutien a été organisé à la place Python. Malgré sa dimension très spontanée et le court laps de temps pour faire venir du monde, nous avons été environ 150 à dire, et redire : Fribourg est antifasciste, Fribourg reste antifasciste. Nous repartageons ici le discours prononcé lors de ce rassemblement. Pas de fachos dans nos quartiers !
Je souhaite commencer ce moment de rassemblement avec un poème écrit par deux camarades qui nous ont récemment quittées, sûrement trop vite, mais qui, jusqu’à la fin, ont été accompagnées par la flamme de la lutte, une flamme qui ne s’éteint jamais. J’aimerais dédier ce poème à Sara et Sandro, mais aussi à toutes les personnes qui sont parties en résistant : cette flamme ne vous abandonnera jamais, elle fait partie de vous, personne ne peut vous l’enlever. Je ne veux pas faire une liste, j’adresse ces pensées à toutes ces personnes confrontées aux guerres, aux attaques fascistes, aux violences policières, aux prisons…votre flamme nous fait de la lumière dans ce monde sombre. C’est à nous de continuer à la nourrir, en y rajoutant du bois à chaque moment possible pour continuer à la faire grandir, en espérant qu’un jour elle pourra faire brûler le système contre lequel vous avez résisté.
« Feu qu’il ne s’éteint
Entre murs griffés de rêves et rage
vous marchez libres, sans chaines,
deux cœurs obstinés face au vent,
deux voix que le silence ne peut contenir.
Elles n’avaient ni trônes ni drapeaux
juste des mains rachées d’avenir
et dans les yeux, une lueur obstinée
plus fort que le fer et que le mur.
Maintenant, le temps les appelle par leur nom,
mais il ne les éteint pas, il ne les plie pas :
elles restent écho dans les rues désertes,
elles restent le feu chez qui n’abandonnent pas.
Car celle qui tombe pour une idée
elle ne meurt pas vraiment, elle ne disparait pas :
elle devient un pas, elle devient une voix
elle devient un combat sans fin »
Résistance
Nous sommes réuni.es par les vitres cassées de la Coutellerie et du Linden : le responsable importe peu, la chose importante est ce que nous apprend cet acte. Les espaces qui défendent nos valeurs ne sont pas en sécurité, ne peuvent pas l’être, dans un système où le fascisme est toléré et protégé, ou pire, intégré dans l’état des choses. Ce fascisme est même nécessaire, sinon comment peuvent-ils faire fonctionner la machine ? Elle marche grâce à la haine et la peur envers les autres cultures, religions, en reproduisant des mécanismes de discriminations, de contrôles systématiques, de violences policières, de réclusions et de marginalisations, et en imposant la paix sociale, qui est la meilleure amie du silence et qui est la meilleure technique d’endormissement collectif. La machine veut contrôler et freiner les personnes qui s’opposent à ce système, à cette société. Nous savons qu’elle n’aime pas trop les endroits qui pullulent de solidarité. Cette machine tue, opprime, monopolise tout pour son intérêt, cette machine grandit toujours, elle s’infiltre partout, ou presque partout. Il y a des endroits où la flamme des individus la casse, lui fait peur. Cette machine devient faible face à nos perspectives de relation sociale humaine et organisée, en opposition avec les perspectives produites dans sa logique hétéro-patriarcale, raciste et capitaliste.
Notre force c’est l’autodéfense de chacune, être ensemble, participer, non pas en mendiant la liberté mais en la conquérant. Nous connaissons la liberté qui veulent nous vendre ou « offrir », une boisson empoisonnée, vendu comme saine pour la santé, « 100% de poison d’Etat, venez chercher votre liberté, vos droits ». Les attaques des fascistes sont inscrites dans cette machine, elles la font marcher : nous répondons sans peur, nous sommes là, organisés, déterminées, en laissant personnes derrière sur le chemin. S’auto-défendre, se rappeler toujours que les attaques sont quotidiennes, sont partout, il faut reconnaitre l’ennemi et lui faire mal constamment. Des gestes quotidiens, une réaction où ils nous imposent le silence, des gestes de soins et amour, de la colère exprimée, des larmes coulées… et s’organiser collectivement, l’ensemble créé plus de force, plus du bois pour notre feu. Chacun sait où il est son feu, protégeons-le !
Je termine avec une phrase de Sara Ardizzone, une chose qui ne faut jamais oublier :
« Il y a une énorme différence entre la violence des oppressés et celle des oppresseurs : la première suit une éthique, la deuxième aucune. »
« From the river to the sea, libere tutte, résistance ».
Le mot terrorisme n’existe pas quand on parle de résistance. Ils ont rempli la bâche des occidentaux avec le mot terrorisme. Terreur, leur politique, pas là notre. À côté de qui luttent pour la liberté, on ne vous laissera jamais seul !

