Nous publions ici une lettre qui nous a été transmise. Elle constitue une réponse à la mise à l’enquête complémentaire pour la route Marly-Matran au printemps 2026.
Lettre de la faune qui vit en alliance
avec le territoire concerné par le projet
de la route Marly-Matran
Aux personnes responsables,
directement ou pas,
du futur de ce projet
Le 17 juillet 2026
Nous vous remercions de nous avoir demandé de participer à la
2ème mise à l’enquête de votre projet de route Marly-Matran.
Nous vous remercions aussi de nous avoir accordé un délai plus
long que celui que vous avez imposé à vos acolytes humains.
Nous avons pris votre demande au sérieux. Nous nous sommes
réuni·es par petits groupes et à de nombreuses reprises selon un
protocole aguerri et que vous nommeriez « urbanisme
participatif ». Nos décisions ont été prises par consensus.
Notre travail:
A chaque réunion, nous avons commencé par saluer les quatre
Directions pour recevoir leurs enseignements de respect, d’amour,
de compassion, de générosité, d’alignement et d’intégrité. Nous
avons salué les éléments eau, terre, air, feu et métal; le ciel et la
terre aussi.
Ensuite, nous avons reconsidéré vos plans de 2020, toutes vos
études d’impacts, les nouvelles y incluses, et toutes les
modifications apportées avant la deuxième mise à l’enquête. Nous
avons revisité les lieux avec déférence et cérémonie, consulté les
eaux, les poissons, les invertébrés, le minéral, quelques confrères
humains. Nous avons tenu des sessions de prises de positions.
Nous avons chanté, nagé, volé, rampé, marché, écouté, regardé
avec grande attention et patience, dans le silence et parfois aussi
dans un concert subtilement et démocratiquement improvisé pour
faire s’élever des émergences de vérité collective. Lorsque dans le
doute, nous ne nous sommes pas entêté·es. Nous sommes
revenu·es en arrière et avons repris notre processus.
Nous avons gardé ce processus dans l’authenticité et la flexibilité
pour l’adapter à toutes les voix, même les plus timides et recluses
ou surprenantes et vociférantes, au sommet des arbres, sous les
nuages ou dans les entrailles de recoins de terre ou de rivière.
Nous avons analysé les conséquences de votre projet sur les
éléments fondamentaux et leurs dérivés, sur l’espace sonore, sur
la répartition lumière/obscurité et sur le climat en général.
Ensuite, nous avons soumis vos nichoirs, murgiers, biotopes,
haies, plantations d’arbres, passages à faune et amphibiens, gites
pour nos chauves-souris, vos espaces réservés aux eaux à
diverses de nos commissions mixtes.
En parallèle, nous avons écouté les chuchotements de vos
ascendant·es et ceux particulièrement alarmés de vos
descendant·es qui nous parlent d’un futur tellement différent du
présent. Il semble là-bas que la voiture ait été reniée au profit
d’une toute autre, douce et réduite mobilité et qu’on soit en train
de déconstruire vos étranges routes, entre autres, pour de la
désimperméabilisation et renaturation, pour de l’arborisation et de
l’agriculture. On est aussi en train d’inventer de nouveaux
modèles de survie et de solidarité. On nous a parlé d’une nouvelle
douceur face à la vulnérabilité de la vie, y compris humaine, et
face à toute la diversité et le potentiel de collaboration que vous
et nous représentons ensemble.
On nous a parlé de gentiment remplacer l’individualisme par une
vision relationnelle du monde où on ne possède pas, n’exploite
pas, ne s’enrichit pas. Et là, l’identité de chacun·e s’incarne au
travers de son indéfectible respect de l’autre et de sa
responsabilité face à cet·te autre ou ces autres quel·les qu’ils·elles
soient. Ça a l’air de fonctionner et ça a l’air à la fois très beau et
absolument nécessaire.
Retour à aujourd’hui et à notre travail:
En fin de compte, les retours ont été unanimes: on nous exhorte
de ne pas souscrire à votre projet de route Marly-Matran, un
projet qu’on nous décrit comme un projet de « bétonnage ». Non
seulement parce que ce bétonnage est une conséquence, et aussi
une puissante participante à la brutalité qui fait vaciller votre
monde en ce moment, même si vous essayez de la nier ou de
trouver des boucs-émissaires, mais aussi parce que nos guides de
toujours, nos architectes, experts et expertes, se sont découvertes
bien mieux outillées que vous pour garantir une vie harmonieuse
à la zone concernée, et ce malgré notre général affaiblissement
face à de nombreuses constructions dans la région, plus
particulièrement celle du Marly Innovation Center (MIC).
En effet, le sol tremble encore de tout le poids des machines qui
ont été nécessaires et le sont encore partiellement sur le site du
MIC. La nappe phréatique là qui converse avec la Gérine, nous
susurre encore et encore sa nausée autour des fondations de
tellement de bâtiments là plantés dans son ventre, avec leurs
pompes à eau constamment activées pour éviter les inondations.
Elle a eu de l’espoir car vos lois ont changé et le respect des eaux
a augmenté, mais des dérogations ont été signées et les bâtiments
restent là. Presque neufs. Ils se remplissent. A des prix qui par
ailleurs nous hérissent les poils et nous font battre de l’aile. Pas
question d’y abriter les sans-abris. Et de notre côté, nous
tremblons encore aussi, écoeuré·es d’avoir perdu tant de vies
depuis le début de la construction et vu tant d’autres s’effilocher
dans du gros stress sensoriel ou face à des déplacements forcés. A
notre tour, nous avons nourri espoir lorsque le long de la Gérine a
été proposé par des ONG pour qu’il soit désigné « zone de
tranquilité », mais là aussi, espoir enterré. Et maintenant s’ajoute
le stress de températures inégalées hors de l’eau et dans l’eau. Les
poissons se retournent dont la truite fario qui n’en croit pas ses
écailles, et la nappe phréatique qui s’en agite.
Avant de conclure, nous rapportons tout de même un point de
votre projet qui a retenu une attention positive: celui d’ajouter
même si temporairement quelques grues parmi celles déjà érigées
à Marly. Nos communautés de Corbeaux freux y ont, à premier
abord, vu un attractif remplacement à la lente décimation de la
quinzaine de grues veillant sur le site du MIC, leur offrant de
nouveaux postes d’observation de première valeur. Mais après
réflexion, les Corbeaux nous ont notifié que les grues qui
commencent à émerger sur les chantiers de l’école primaire, du
home pour personnes âgées et de la halle polyvalente, ainsi que
celles pour la caserne de pompiers, le parking de Corbaroche,
pour la forêt de bâtiments sur le Parc des Falaises, et d’autres
projets publics et privés à Marly leur suffiront amplement.
Considérer votre gigantesque projet nous a imposé bien des nuits
sans sommeil, mais nous l’avons fait avec notre authenticité
collective et nous sommes en paix avec nous-mêmes.
Nous vous remercions de nous l’avoir soumis et, dans le plus
grand respect, nous vous transmettons notre massif refus.
Signataires:
Le clan des Martins-pêcheurs
Le clan des Hérons cendrés
Le clan des Colverts
Le clan des Harles bièvres
Le clan des Cincles plongeurs
Le clan des Bergeronnettes des ruisseaux
Le clan des Mésangese bleues
Le clan des Mésanges charbonnières
Le clan des Fauvettes à tête noir
Le clan des Pics verts
Le clan des Pics épeiches
Le clan des Pics noirs
Le clan des Buses
Le clan des Milans royals
Le clan des Faucons crécerelless
Le clan des Faucons pélerins
Le clan des Faucons hobereaux
Le clan des Autours des palombes
Un représentant esseulé des Hiboux grand-ducs
Le clan des Grands corbeaux
Le clan des Choucas des tours
Le clan des Martinets
Le clan des Corbeaux freux
Le clan des Corneilles
Le clan des Pipistrelles communes
Le clan des Sérotines communes
Le clan des Murins de Daubenton
Le clan des Grands murins
Le clan des Murins à moustache
Le clan des Murins de Natterer
Le clan des Oreillards roux
Le clan des Crapauds communs
Le clan des Grenouilles rousses
Le clan des Tritons alpestres
Le clan des Couleuvres à collier
Le clan des Renards
Le clan des Chevreuils
Le clan des Hermines
Le clan des Blaireaux
Nous avons demandé à notre secrétaire de rester anonyme pour le moment.

